Tranches de Vie

Ne me dis pas l’insupportable,
Ne dis pas ! La folie
Guette au coin de sa rade
Prête à voler ma vie.

Tu cours, il n’y a plus de secondes
Que font là, tes amis ?
Un geste de la main
De l’au-delà du monde
L’escalier englouti
Le verrou, la clé. Fermer.

La chambre, le grand lit,
Les cachets. Avaler, s’allonger, oublier
Et dormir.

Des coups forts sur la porte,
Des voix, des pas, précipités.
S’incruster, disparaître, évadé
De ce lit.

« Il est où ? Il est où ? »
… invisible, parti !
« Il est là. Monsieur,
Qu’avez-vous pris ? »

Pris ? Qu’est-ce que j’ai pris ?
Qu’y avait-il donc à prendre ?
A rendre, à laisser,
Surtout pas à entendre.
Tout a disparu.


Des failles sous ses pieds.
Alors, il a couru
Il n’y avait plus de secondes
Qui tournent dans un sens
Leurs tic-tac réussis.
Plus de temps et ses tranquilles bornes,
Que du vent, du néant et un gouffre
Infini.

Ils t’ont conduit ailleurs
Où le monde est le même
Et tu n’as pas rêvé
As-tu même dormi ?
Des voix, des gens autour.
Et elle ?
Cela n’est pas ton lit,
Tu l’as perdu ton lit…


Je ne l’ai pas revue.
Les jours ont fait semaines
Laborieusement des mois,
Quelques années, la peine
Se recycle
De lavages en lavages
Se blanchit,
Elle part en voyage…

Le rire, ce géant
Quelques cris dans leurs boîtes
La plume chaotique et l’objectif pointé
M’ont nourri.
La plainte, peu à peu
Ses rengaines avec elle,
Se fatiguent et me laissent
Marcher. Quoi de mieux ?

Bien sûr, j’ai rechuté
Révoqué quelques reines
Remis tête au billot
Les absences fredonnent
Encore, à mes oreilles
Mais pourtant Solitude
Tend ses voiles, épanouies,
Me propulse devant
Et mes pas font leur route
La mienne,
Mon passage, ses traces.
Quelques pierres, un chameau
Cocasse métaphore
Pincée de sortilèges
Et vous.
Que de loin, je salue.

Je vous espère heureux.
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